Synthèses du Dr Hugues Lamothe

Le Dr Hugues Lamothe est psychiatre à l’hôpital spécialiste des tocs chez les enfants et adolescents, il exerce à l’Hôpital Robert-Debré à Paris.

Le Dr Hugues Lamothe propose régulièrement sur le groupe Facebook de l’AFTOC des synthèses et résultats d’études scientifiques récentes sur le TOC, vos trouverez ici ses synthèses classées par dates.

"Long-term remission rates and trajectory predictors in obsessive-compulsive disorder: Findings from a six-year naturalistic longitudinal cohort study"

Dans cette étude, les chercheurs ont voulu connaitre le pronostic à 6 ans de patients souffrant de TOC et agés de plus de 18 ans à leur inclusion. 213 patients ont participé. Les patients étaient évalués tous les 2 ans.
A 6 ans, 56% des patients souffraient de TOC de façon chronique (c'est à dire en continu), 30% de souffraient de TOC épisodique (donc un coup oui, un coup non, c'est fluctuant), et 14% étaient en rémission (c'est à dire sans TOC à 2, 4 et 6 ans). Quand même 30% des patients lors de la dernière évaluation à 6 ans étaient en rémission. Parmi les facteurs associés à la rémission ou non:
  1. Plus le TOC était sévère au départ moins le patient avait de chance d'être en rémission,
  2. Si le TOC débutait après 19 ans, cela augmentait la probabilité de rémission, ce qui souligne le poids de la génétique dans le TOC de l'enfant/ado
  3. Plus le patient était agé, plus il avait de chance d'être en rémission, ce qui montre qu'avec le temps on augmente la chance d'être guéri
  4. Le fait d'être un garçon rend plus probable la rémission, ce qui souligne selon moi le caractère neurodéveloppemental de certains TOC.
Au total, non seulement rien est perdu, et surtout, ce qu'ils ne précisent pas c'est la sévérité du TOC, un avoir un TOC chronique qui commence à 40 de YBOCS puis finit par se stabiliser à 14, certes le TOC est toujours là mais on peut espérer que le patient ait retrouvé une vie correcte, pas parfaite, mais vivable. Ils ne cherchent pas d'association avec la sévérité (qui présente des degrés) mais avec un statut (oui/non). Et n'oubliez pas que tout cela ne sont que des statistiques, cela ne dit rien de chaque cas particulier! Donc ne perdez pas espoir!

Excessive Checking in Obsessive-Compulsive Disorder: Neurochemical Correlates Revealed by 7T Magnetic Resonance Spectroscopy

Dans cette étude les chercheurs ont comparés 31 patients souffrant de TOC avec 29 sujets contrôles, c'est à dire sans maladie psychiatrique. Chaque participant se voyait présenter de façon successive 2 images sur un écran d'ordinateur et devait indiquer ensuite si les 2 images qu'il avait vu étaient les mêmes. Avant de donner sa réponse, il pouvait retourner en arrière regarder de nouveau les images, ce qui comptait alors comme une vérification. Après avoir donné sa réponse, on demandait au participant à quel point il était certain de sa réponse. Après cette tâche, les participants passaient une IRM.
Tout d'abord, les patients TOC ressentaient un besoin accru de vérification et étaient moins confiant dans leurs réponses que les sujets contrôles. Le plus important dans cette étude était de constater que le ratio au sein d'une région particulière du cerveau (cortex cingulaire antérieur) glutamate(neurotransmetteur excitateur) / GABA (neurotransmetteur inhibiteur) était corrélé avec le niveau de vérification: plus les patients vérifiaient, plus ce ratio diminuait. Mais une telle relation n'existait pas chez les participants contrôles.
Cela pouvait signifier selon les auteurs qu'il existe un déséquilibre entre inhibition et excitation au sein de cette région du cerveau chez les patients TOC qui pourrait être lié au doute et à la vérification d'une manière ou d'une autre et le rendre pathologique.
On ne peut pas dire beaucoup plus de cette étude et surtout il ne faut pas en tirer de conclusion trop hâtives/simplistes (comme il suffirait de corriger ce déséquilibre pour traiter le TOC, on n'en est pas du tout là pour un million de raisons!). Les choses avancent leeeeeentement.
Désolé si l'article est un peu compliqué, cela dépendra des semaines et des nouvelles études sorties!
Bon courage à tous!

Targeting the prefrontal-supplementary motor network in obsessive-compulsive disorder with intensified electrical stimulation in two dosages: a randomized, controlled trial

Dans cette simple étude, les auteurs ont étudiés trois groupes de 13 patients souffrant de TOC. Deux groupes étaient traités par tDCS (transcranial direct current stimulation) qui est un traitement par stimulation électrique mais non invasive, on applique simplement un faible courant électrique sur le crâne. Le premier groupe était traité par un courant de 1mA et le second à 2mA. Le troisième groupe n'était pas traité. Les deux électrodes étaient placés au dessus de deux régions spécifiques, on va pas entrer dans les détails. Les patients étaient stimulés pendant 20 minutes pour un total de 10 sessions.
1 mois après l'intervention, les patients traités à 2mA passaient d'un score de 28 à la Y-BOCS à 19 en moyenne, ceux qui n'étaient traités restaient autour de 28. Les patients à 1mA, présentait des résultats intermédiaire entre les deux groupes. Les patients à 2mA amélioraient aussi leur moral à 1 mois.
Cette étude est ainsi assez prometteuse, ce d'autant le peu de lourdeur d'un tel protocole. C'est plutôt encourageant mais cela demande encore à être confirmé (les précédentes études sur la tDCS n'étaient pas aussi prometteuses dans mes souvenirs), mais ça pourrait être une arme de plus dans l'arsenal thérapeutique anti TOC.